Dire la vérité au travail n’est pas toujours une vertu
- Travail
- il y a 5 jours
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Dire la vérité est souvent présenté comme une valeur cardinale du monde professionnel. Transparence, authenticité, sincérité sont mises en avant comme des qualités morales et professionnelles. Pourtant, dans le cadre du salariat, dire toute la vérité, en toutes circonstances, peut exposer le salarié à des risques bien réels. La vérité n’est pas neutre lorsqu’elle s’exprime dans un rapport de pouvoir asymétrique.
Le salarié évolue dans un système où l’information n’est pas distribuée équitablement. Il est évalué, jugé, comparé, tandis que les critères réels de décision restent souvent implicites. Dans ce contexte, dire la vérité sans filtre peut fragiliser la position du salarié plutôt que la renforcer : exprimer ses doutes, ses désaccords ou ses intentions peut être interprété comme un manque d’engagement, une faiblesse ou une menace potentielle. Ce qui est présenté comme de la sincérité peut être réutilisé contre lui lors d’une évaluation, d’une promotion ou d’une réorganisation.
La vérité devient alors une donnée stratégique, elle n’est pas simplement une question morale, mais une question de timing, de cadre et de rapport de force. Le salarié qui dit tout, tout le temps, se place souvent dans une position de vulnérabilité inutile. Dire la vérité au travail suppose aussi que l’interlocuteur soit en mesure de l’entendre sans sanctionner, or ce n’est pas toujours le cas. Les organisations valorisent la franchise en discours, mais pénalisent souvent ceux qui la pratiquent lorsqu’elle dérange.

Il existe une différence fondamentale entre dire la vérité et dire l’intégralité de sa pensée. Le salarié peut être honnête sans être transparent sur tout. La retenue n’est pas nécessairement du mensonge, mais une forme de protection. Dire la vérité devient problématique lorsqu’elle est exigée de manière unilatérale. Le salarié est sommé d’être sincère, tandis que l’entreprise conserve une large opacité sur ses décisions, ses intentions et ses arbitrages futurs.
Dans ce contexte, l’exigence de vérité totale relève moins de l’éthique que du contrôle. Elle permet de recueillir des informations sur l’état d’esprit du salarié, sans lui offrir de garanties en retour. La prudence n’est donc pas un défaut moral, c’est une compétence d’adaptation. Savoir quoi dire, à qui, quand et comment est une condition de survie professionnelle. Dire la vérité au travail n’est pas toujours une vertu, c’est parfois un luxe que le salarié ne peut pas se permettre sans se mettre en danger.


