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Les collègues toxiques et la soumission douce au travail.

Il existe une toxicité professionnelle discrète, difficile à nommer, mais très efficace. Elle ne passe pas par des cris, des ordres explicites ou des conflits ouverts. Elle passe par des micro demandes, des remarques apparemment anodines, des intrusions déguisées en normalité. Ce sont des tentatives de soumission douce. Cela commence souvent par des phrases simples : "Tu peux envoyer un mail à xxx pour lui dire ça ? ". La personne n'est ni ton manager, ni responsable de ton travail. Elle n'a aucune légitimité hiérarchique, pourtant elle formule une demande comme si ça allait de soi. Le problème n'est pas le mail, le problème est le test qu'elle fait subir. Même logique avec des comportements du quotidien : "Tu vas au frigo ? Tu peux me ramener une bouteille ?". Sans "s'il te plaît", sans considération, sans réciprocité. Ce n'est pas une demande de service, c'est une assignation implicite.


La personne observe si tu obéis, si tu exécutes, si tu te places spontanément en position basse. Autre variante fréquente. : "J'ai vu que tu avais envoyé un mail à xxx, mais ce n'était pas la peine, je l'avais déjà vue pour lui parler à ce sujet". Plusieurs questions se posent immédiatement : comment cette personne sait-elle que tu as envoyé ce mail ? Pourquoi se permet-elle de juger la pertinence de ton action? De quel droit se permet-elle de commenter ton travail alors qu'elle n'est pas décisionnaire ? Là encore, ce n'est pas une remarque innocente, c'est une tentative de prise de contrôle symbolique. Ces comportements ont un point commun, ils ne portent jamais sur le fond du travail, mais sur la position. Ce sont des ajustements subtils de hiérarchie informelle. La personne cherche à voir si elle peut te donner des directives, commenter tes actions, te mobiliser pour ses propres besoins. Elle teste tes limites, doucement, sans frontalité.



Ce type de collègue a besoin d'avoir le dessus. Pas toujours par méchanceté consciente, parfois par insécurité, par besoin de contrôle, par habitude. Il ne supporte pas une relation horizontale, iI cherche en permanence à créer une micro-asymétrie. Le danger, c'est l'accumulation. Si tu acceptes une première fois, puis une deuxième, puis une troisième, la frontière se déplace. Ce qui était exceptionnel devient normal. Ce qui était un service devient une attente, et ce qui était une demande devient une évidence. C'est pour cela que les limites doivent être posées immédiatement, sans agressivité, sans justification, de manière simple, directe et claire. Si quelqu'un te dit : "Tu peux envoyer un mail à xxx pour lui dire ceci ou cela ?" La réponse peut être : "Non, je ne m'en occupe pas, ce n'est pas un sujet qui me concerne." Point, pas d'excuse, pas de justification, pas de débat. Cette réponse n'est ni impolie ni agressive, elle est structurante, et elle indique clairement où s'arrête ton périmètre. Elle empêche l'installation d'un rapport de domination informel. Cela ne veut pas dire refuser toute entraide, il faut distinguer deux choses très différentes : le service ponctuel, clair, assumé, formulé avec respect, et la tentative de soumission déguisée en banalité. Le premier relève de la coopération, le second relève du pouvoir. Un bon indicateur est simple : est-ce que la personne te demande quelque chose qu'elle pourrait faire elle-même ? Est-ce qu'elle te parle comme à un égal ? Est-ce qu'elle formule une vraie demande, avec la possibilité implicite d'un refus ? Si la réponse est non, ce n'est pas un service. C'est un test.



Au travail, beaucoup de rapports de force ne se jouent pas dans les grandes décisions, mais dans les détails du quotidien. Ceux qui savent poser des limites tôt évitent des mois, parfois des années, de micro soumission. Ceux qui laissent passer par politesse, par peur ou par fatigue se retrouvent enfermés dans un rôle qu'ils n'ont jamais choisi. Dire non n'est pas un conflit, c'est une clarification. Et dans les environnements professionnels, la clarté est souvent la meilleure protection contre la toxicité ordinaire.

 
 
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