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Travailler avec quelqu’un qui se croit compétent

  • Travail
  • il y a 17 heures
  • 2 min de lecture

Le syndrome de Dunning-Kruger décrit un phénomène bien documenté en psychologie cognitive où des personnes peu compétentes dans un domaine surestiment fortement leur niveau réel, non par arrogance consciente mais parce que leurs lacunes mêmes les empêchent de percevoir ce qu’elles ne savent pas.


Autrement dit, plus on manque de compétences, moins on est capable d’évaluer correctement sa propre incompétence et cela qui crée une confiance déconnectée de la réalité. Dans un contexte de travail, ce mécanisme devient rapidement problématique, car il ne reste pas cantonné à l’estime de soi interne. Il se manifeste dans les prises de parole, les décisions, les avis tranchés, les corrections inutiles et les certitudes affichées sans nuance. Le collègue concerné ne doute pas, il n’hésite pas, il ne vérifie pas, et cette assurance permanente crée un déséquilibre immédiat dans les échanges.



Ce qui rend la collaboration difficile c’est que la personne atteinte de ce biais ne perçoit pas ses limites. Elle n’interprète pas les remarques comme des ajustements utiles, mais comme des contestations injustifiées puisqu'elle pense maîtriser le sujet. Toute tentative de correction peut être vécue comme une attaque personnelle ou une perte de statut et cela bloque rapidement toute dynamique de coopération saine.


Au quotidien, cela produit une fatigue mentale importante pour les autres. Il faut reformuler, justifier l’évidence, revenir sur des décisions déjà tranchées, réparer des erreurs qui auraient pu être évitées et tout en ménageant l’ego de quelqu’un qui se pense compétent. Cette charge invisible pèse souvent sur les collègues les plus expérimentés qui se retrouvent à compenser sans reconnaissance. Le paradoxe, c’est que plus les autres maîtrisent réellement leur sujet, plus ils doutent, nuancent et vérifient, ce qui peut donner l’illusion que la personne la moins compétente est la plus sûre d’elle. Dans les réunions ce sont souvent les voix les plus affirmées qui prennent le plus de place indépendamment de la qualité réelle de leur raisonnement.


À long terme la présence d’un collègue prisonnier du syndrome de Dunning-Kruger peut détériorer le climat de travail. Cela peut générer de la frustration, un sentiment d’injustice et parfois un désengagement progressif des personnes compétentes qui finissent par se taire pour éviter les conflits ou l’épuisement relationnel. Ce syndrome est donc moins un problème individuel qu’un problème collectif. Tant qu’il n’est pas régulé par des cadres clairs, une culture qui valorise le doute et l’apprentissage, alors il devient un facteur silencieux de désorganisation rendant la collaboration inutilement compliquée et psychiquement coûteuse.

 
 
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