Pourquoi l’entreprise n’est jamais totalement transparente et ne le sera jamais
- Travail
- il y a 4 jours
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La transparence est devenue un mot-clé du discours managérial. Les entreprises affirment vouloir être transparentes avec leurs salariés, partager l’information et instaurer un climat de confiance. Pourtant, une transparence totale est structurellement incompatible avec le fonctionnement même des organisations.
L’entreprise est un espace de décision, de stratégie et d’arbitrage. Certaines informations sont par nature sensibles, évolutives ou conflictuelles. Rendre visibles toutes les intentions, tous les scénarios ou toutes les contraintes affaiblirait sa capacité d’action. La transparence est donc toujours sélective, elle concerne ce qui est stabilisé, validé, ou déjà décidé. Ce qui est incertain, conflictuel ou risqué reste dissimulé jusqu’au dernier moment.
Cette opacité n’est pas nécessairement malveillante, elle est fonctionnelle, elle permet de préserver des marges de manœuvre, de gérer les rapports de force internes et externes, et d’éviter des réactions prématurées. En revanche, cette opacité crée une asymétrie forte avec les salariés, ces derniers sont affectés par des décisions qu’ils n’ont pas vues venir et auxquelles ils n’ont pas été associés.

La transparence promise est souvent rétroactive, on explique après coup ce qui a déjà été décidé. La communication remplace la participation. Cette logique crée un décalage entre le discours et la réalité vécue. Le salarié est invité à faire confiance à un système qui ne lui donne qu’une vision partielle de ses propres contraintes. L’entreprise ne peut pas être totalement transparente sans renoncer à son pouvoir de décision unilatéral, et ce pouvoir est constitutif du salariat.


