Subir le salariat alors qu'on ne sait même pas pourquoi on est sur terre
- Travail
- 8 févr.
- 3 min de lecture
On vit sur une planète minuscule, suspendue dans un coin quelconque d’une galaxie parmi des centaines de milliards d’autres ; et dans un univers pour lequel on ne peut voir la fin. On ne sait pas pourquoi on est là et on ne sait pas quand ça s’arrête. On n’a aucune date de fin programmée (et heureusement). Et pourtant on se comporte comme si tout était parfaitement balisé : études, emploi, retraite. On se projette comme si la trajectoire était garantie. La vérité, c’est qu’elle ne l’est pas.
Le grand malentendu du salariat
Le salariat est un système économique, ce n’est pas une vérité cosmique ni une obligation une obligation morale. Ce n’est pas une finalité existentielle, c’est un modèle d’organisation du travail né à un moment précis de l’histoire. Pourtant beaucoup l’intériorisent comme une norme absolue : travailler toute sa vie serait « normal », s’épuiser serait « courageux », se rendre malade serait presque une preuve de sérieux.
Pendant ce temps-là :
Certains se surinvestissent jusqu’au burn-out.
D’autres se détruisent à force de chercher un emploi qu’ils ne trouvent pas.
Certains vivent dans une angoisse permanente de ne pas être assez performant, comme si la valeur d’un être humain se mesurait à sa capacité à produire.
On est des êtres humains, pas des machines à rentabilité
Personne ne naît avec un badge autour du cou. On naît vulnérable, sans explication sur le sens de l’existence et sans contrat signé avec l’univers. On ne sait même pas si l’univers a une limite. On ignore s’il y a un « pourquoi » derrière tout ça. Et malgré cette incertitude vertigineuse, on accepte de réduire notre passage ici à la subordination, à des tableaux Excel, des objectifs trimestriels et des évaluations annuelles. Prendre de la hauteur, c’est se rappeler que le travail est une dimension non naturelle de la vie, pas son centre gravitationnel.
La disproportion
Il y a quelque chose d’étrange dans cette disproportion : l’immensité de l’univers d’un côté, et de l’autre des vies humaines tendues, stressées, jugées et parfois méprisées parce qu’elles refusent de donner gratuitement dix ou quinze minutes de plus chaque jour à un employeur. On ne sait même pas combien de temps il nous reste et on s’inflige une tension chronique pour des intérêts économiques qui ne sont pas les nôtres.

Le piège de l’adhésion totale
Certaines personnes trouvent normal de tout donner, de dépasser systématiquement les horaires, d’accepter l’épuisement comme une étape inévitable ; mais normal ne veut pas dire naturel ni acceptable. Le système valorise l’endurance, la loyauté, la performance continue, mais il ne valorise pas sincèrement la santé mentale, le recul et la finitude humaine. Rien n’oblige à adhérer intérieurement à cette logique, on peut travailler, être professionnel et impliqué sans oublier que l'existence dépasse largement la fiche de paie.
Se rappeler l’essentiel
On ne sait pas ce que l'on fait sur terre, ni quand on y disparaîtra. On ne sait même pas s’il existe une frontière à l’univers, et pourtant une chose est certaine : notre temps est limité. Le salariat n’est ni un cadre neutre ni une évidence naturelle, c’est un dispositif au service du capitalisme conçu pour permettre à ceux qui détiennent le capital de transformer le temps humain en profit et d’augmenter leurs bénéfices ; il organise la production de richesse, mais il ne produit ni sens ni accomplissement. Prendre de la hauteur, ce n’est donc pas rejeter le travail, mais refuser de se confondre avec ce cadre et d’y dissoudre toute son existence, afin de se rappeler que nous sommes des êtres humains de passage sur une planète minuscule, et non des unités de production destinées à s’user jusqu’à une date théorique de retraite.


