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Afterwork : La convivialité obligatoire

  • Travail
  • il y a 5 jours
  • 2 min de lecture

De nombreuses entreprises affirment que les afterworks, les team buildings et autres activités "conviviales" servent à renforcer la cohésion et par ricochet la performance. Dans les faits, elles instaurent souvent une obligation implicite de participation qui met certains salariés en difficulté.


Officiellement rien n’est obligatoire, mais officieusement, refuser est mal vu. Ne pas venir à l’afterwork, c’est être perçu comme "pas intégré", "pas corporate", "pas esprit d’équipe". L’absence devient un signal négatif, parfois retenu inconsciemment dans les évaluations, les promotions ou les décisions managériales. La liberté affichée par l'entreprise est donc largement fictive.


Cette pression touche particulièrement des profils pourtant très performants : salariés introvertis, personnes avec des contraintes personnelles, hypersensibles, neuroatypiques, parents, ou simplement individus qui cloisonnent strictement vie professionnelle et vie privée. Leur refus n’est ni un manque d’engagement ni un rejet de l’équipe. C’est un choix personnel, rationnel et légitime. Pourtant, ils se retrouvent régulièrement contraints de participer à des événements qui ne les intéressent pas, les fatiguent ou les mettent mal à l’aise.



Le paradoxe est total, les entreprises pensent créer de la cohésion, mais produisent l’effet inverse. La contrainte génère de la frustration, de la culpabilité, parfois du ressentiment. Le salarié n’associe plus l’événement à un moment positif, mais à une injonction sociale supplémentaire. À long terme, cela érode le sentiment d’appartenance au lieu de le renforcer.


Pire encore, cette logique peut fait fuir des personnes compétentes et motivées. Des profils solides finissent par quitter l’entreprise non pas à cause du travail, du poste ou du salaire, mais à cause d’un climat où l’on confond engagement professionnel et disponibilité sociale permanente. L’entreprise perd alors exactement ce qu’elle cherche à préserver : des talents stables, investis et efficaces. La productivité ne naît pas de la convivialité forcée, elle repose sur la clarté des objectifs, le respect des individus, l’autonomie, la reconnaissance du travail réel. Une équipe est soudée quand chacun s’y sent respecté, pas quand tout le monde est sommé de trinquer ensemble après 18h.


Transformer des moments censés être optionnels en normes implicites est contre-productif, inefficace et évitable. Une culture d’entreprise mature accepte que l’engagement ne se mesure ni à la présence à un afterwork, ni au nombre de verres partagés, mais à la qualité du travail fourni.

 
 
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