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Ne pas répondre aux candidats et se constituer une base de CV : une pratique injustifiable

  • Travail
  • 28 déc. 2025
  • 2 min de lecture

Lorsqu'une entreprise ne prend pas le temps de répondre à un candidat, même par un message générique, elle fait un choix

clair: celui de ne pas entrer en relation. Ce choix devrait avoir une conséquence directe et logique : elle ne devrait pas pouvoir bénéficier des CV reçus pour alimenter une base de données.


Conserver ces candidatures tout en refusant l'échange minimal constitue une pratique profondément injuste.

Dans les faits, de nombreuses entreprises traitent les candidatures comme une matière première gratuite. Les CV sont collectés, stockés, parfois exploités plus tard, sans qu'aucune interaction n'ait jamais eu lieu avec les personnes concernées. Le candidat donne son temps, ses informations, son parcours. L'entreprise, elle, ne donne rien en retour. Ce déséquilibre est structurel et assumé. Ne pas répondre n'est pas un oubli. C'est une décision organisationnelle.


Les outils de recrutement actuels permettent d'envoyer des réponses automatiques en quelques secondes. Refuser de le faire, tout en conservant les données, revient à capter une ressource sans contrepartie. Or, dans toute relation minimale équitable, l'accès à une ressource suppose un échange, même symbolique. Le problème n'est donc pas uniquement la politesse ou le respect. Il est économique et informationnel. En conservant des CV sans retour, l'entreprise se constitue une base de données exploitable pour ses besoins futurs, tout en se dispensant de toute obligation relationnelle. Elle bénéficie ainsi du marché du travail sans en assumer les règles les plus élémentaires. Cette pratique est d'autant plus problématique que les candidats, eux, n'ont aucun contrôle sur l'usage de leurs données. Ils ne savent pas si leur CV a été lu, classé, conservé, transmis ou simplement oublié dans un logiciel. Ils n'ont pas accès à la base constituée, ni à ses critères, ni à sa durée de conservation réelle.





Le rapport de force est total. Autoriser une entreprise à conserver des CV sans répondre revient à valider une forme de prédation silencieuse. Les candidats deviennent une réserve de profils mobilisables à tout moment, sans reconnaissance, sans information et sans engagement réciproque. Le silence de l'entreprise ne devrait jamais produire un avantage pour elle. La règle devrait être simple, si l'entreprise souhaite conserver un CV, elle doit assumer un minimum de relation: un accusé de réception suivi d'un refus explicite ou d'une information claire sur la suite du processus. À défaut, elle ne devrait pas pouvoir intégrer ce CV dans une base de données. Pas de réponse, pas de capitalisation. Ce principe introduirait une limite claire à l'abus de position dominante. Il rappellerait que les candidats ne sont pas une ressource gratuite et que leurs données ne sont pas un stock à exploiter sans contrepartie. Il ne s'agit pas de complexifier le recrutement, mais de rétablir une forme de justice élémentaire dans un système où l'entreprise bénéficie aujourd'hui du silence comme d'un privilège.


Tant que les entreprises pourront se constituer des bases de CV sans répondre aux candidats, le discours sur le respect et la considération restera vide. Le silence ne doit pas être rentable.




 
 
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