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Offres d’emploi périmées, comment le marché entretient une illusion de recrutement permanent

  • Travail
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

La multiplication des offres d’emploi visibles donne l’impression d’un marché dynamique, constamment en demande de nouveaux profils. Pourtant, cette impression repose en grande partie sur un mécanisme trompeur, largement accepté et rarement interrogé. Derrière l’abondance apparente des annonces se cache un décalage profond entre ce qui est affiché et ce qui est réellement recruté.

Sur le plan juridique, le cadre est clair : une offre d’emploi publiée ou diffusée doit être datée. En théorie, cette exigence vise à permettre aux candidats de situer l’annonce dans le temps et d’évaluer sa pertinence réelle. En pratique, cette obligation est largement neutralisée par le fonctionnement même des jobboards.


La plupart des entreprises n’indiquent pas explicitement la date de publication dans le contenu de l’annonce. Elles s’en remettent à la plateforme sur laquelle l’offre est publiée pour afficher cette information. Pourtant de nombreuses plateformes utilisent des systèmes de renouvellement automatique, une annonce peut ainsi être republiée à intervalles réguliers, sans aucune action humaine et se voir attribuer une nouvelle date à chaque remise en ligne.


La conséquence est simple mais lourde de sens, la date affichée ne correspond plus à la création réelle de l’offre mais à sa dernière republication automatique. Une annonce ancienne peut ainsi apparaître comme récente, donnant l’illusion d’un besoin actif alors que le recrutement est terminé, gelé ou abandonné depuis longtemps.


Ce mécanisme alimente une confusion structurelle. Les candidats postulent à des offres qui ne sont plus à pourvoir parfois depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois. Ils multiplient les candidatures sans réponse en interprétant le silence comme un échec personnel, alors que le poste n’existe tout simplement plus.


À cette première dérive s’en ajoute une autre, plus silencieuse encore. Certaines offres sont publiées sans correspondre à un besoin immédiat. Elles servent à constituer ou à entretenir un vivier de candidats, à tester le marché, à observer les profils disponibles ou à anticiper des recrutements futurs hypothétiques. Dans ces cas-là, il n’y a pas de poste à pourvoir à court terme, mais une collecte organisée de candidatures.


Il existe aussi des annonces dont la fonction est avant tout symbolique. Elles participent à une mise en scène de croissance, à une communication externe valorisante ou à un affichage interne de dynamisme. Là encore, le candidat postule à une offre qui ne débouchera sur aucun recrutement réel. L’ensemble de ces pratiques contribue à une illusion collective. Le marché semble riche en opportunités, saturé d’offres alors que le nombre de recrutements effectifs est bien inférieur au volume d’annonces visibles. Cette illusion déplace la responsabilité sur les candidats, soupçonnés de ne pas chercher correctement, de ne pas être adaptés ou suffisamment attractifs.



Ce décalage n’est pas anodin, il pèse sur les trajectoires professionnelles, sur la santé mentale des chercheurs d’emploi, sur la perception même du chômage et de la pénurie de main-d’œuvre. Il permet d’affirmer qu’il existe des centaines d’offres non pourvues, tout en masquant le fait qu’une partie significative de ces offres n’est plus, ou n’a jamais été réellement active.


Les offres d’emploi périmées ne sont donc pas un détail technique, elles sont un élément central de la mise en scène contemporaine du marché du travail. Tant que la distinction entre annonces visibles et recrutements effectifs restera floue, l’illusion d’un recrutement permanent continuera d’alimenter incompréhension, culpabilisation et déséquilibre entre les discours officiels et la réalité vécue par les candidats.

 
 
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