Quand l’effort ne paie plus : le modèle effort–récompense, développé par Johannes Siegrist
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Le modèle effort–récompense, développé par Johannes Siegrist repose sur une idée simple mais redoutablement efficace pour comprendre la souffrance au travail : lorsque les efforts fournis par un salarié ne sont pas compensés par des récompenses perçues comme adaptées et proportionnelles à l'effort fourni, un déséquilibre psychique durable s’installe.
L’effort ne se limite pas à la charge de travail visible, il inclut l’investissement cognitif, l’engagement émotionnel, la disponibilité mentale, la loyauté, la flexibilité demandée, l’acceptation des contraintes et parfois même le renoncement à certaines limites personnelles. Beaucoup d’efforts sont invisibles mais pourtant bien réels pour celui qui les fournit. La récompense dans ce modèle ne se réduit pas au salaire, elle englobe la reconnaissance symbolique, la sécurité de l’emploi, les perspectives d’évolution, le respect, la considération et le sentiment d’équité. Un salaire correct ne compense pas nécessairement une absence de reconnaissance ou une insécurité chronique ; tout dépend des motivations intrinsèques de l'individu.
Le cœur du problème apparaît lorsque le salarié a le sentiment de donner beaucoup sans retour proportionnel. Ce sentiment n’est pas seulement rationnel ou comptable, il est profondément subjectif. Deux personnes dans la même situation objective peuvent ressentir un déséquilibre très différent selon leur histoire, leurs attentes et leur seuil de tolérance.

Ce déséquilibre est psychiquement coûteux parce qu’il crée une tension interne permanente. Le travail cesse alors d’être une source de stabilité pour devenir un espace de frustration et d’usure. À long terme ce modèle montre une corrélation claire entre le déséquilibre effort–récompense et des troubles anxieux, dépressifs, des symptômes psychosomatiques et même des pathologies cardiovasculaires. La souffrance ne vient pas du travail en soi, mais du sentiment d’injustice durable qu’il génère. Dans les environnements professionnels actuels ce déséquilibre est fréquent. On valorise l’engagement, l’adaptabilité, la disponibilité tout en rendant les récompenses incertaines, conditionnelles ou floues. Le salarié est encouragé à donner sans garantie de retour et cela qui fragilise le contrat psychologique implicite entre le salarié et l'entreprise.
Le modèle de Siegrist met aussi en évidence un facteur aggravant : le surinvestissement. Certaines personnes, par loyauté, peur ou quête de reconnaissance continuent à fournir toujours plus d’efforts malgré l’absence de récompense. Ce mécanisme accélère l’épuisement car il empêche toute régulation. La souffrance n’est pas un manque de résilience, mais la conséquence logique d’un déséquilibre prolongé. Le modèle effort–récompense rappelle ainsi que le travail n’est jamais neutre psychiquement, il repose sur un échange implicite. Quand cet échange devient asymétrique durablement, la dégradation psychique n’est pas un accident, mais un effet prévisible du système.


