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Savoir gérer les conflits pour son bien-être en tant que salarié

  • Travail
  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture

La capacité à gérer un conflit n’est pas perçue comme particulièrement utile pour un salarié qui ne manage pas d’équipe dans le monde du travail, comme si les salariés non hiérarchiques n’avaient ni à gérer des tensions, ni à se confronter à des situations conflictuelles. Cette vision est déconnectée de la réalité, mais elle n’est pas anodine. Les entreprises ont tout intérêt à ne jamais formuler explicitement cette attente, ni à évaluer cette compétence chez les salariés. Un salarié qui ne sait pas gérer un conflit est plus facilement contournable, plus enclin à se taire, à s’adapter en silence et à absorber des décisions discutables sans les remettre en question. L’absence de cette compétence renforce l’asymétrie du rapport de travail et rend le salarié plus malléable. À l’inverse, un salarié capable de gérer un conflit devient moins prévisible, plus autonome dans ses limites et moins dépendant des injonctions implicites. Or, savoir gérer un conflit est une compétence fondamentale pour tout salarié, quel que soit son poste, son niveau ou son statut et c’est même l’un des socles de la sérénité professionnelle.


Le travail salarié est un espace de contraintes, d’interdépendances et d’asymétries. Les salariés partagent des objectifs, des délais, des ressources limitées, des priorités parfois contradictoires. Ils dépendent de décisions qu’ils ne maîtrisent pas toujours et de personnes qu’ils n’ont pas choisies. Dans cet environnement, le conflit n’est pas une anomalie, il est une conséquence logique du fonctionnement même des organisations et penser que seuls les managers auraient à gérer les conflits revient à nier la réalité du travail quotidien.


Un salarié qui a des difficultés à gérer un conflit est souvent plus exposé. Il encaisse et digère les conflits crées par les autres, à court terme cela peut donner l’illusion d’un climat apaisé, mais à moyen et long terme cela produit de la fatigue, de la frustration, de la colère et une perte de contrôle sur sa propre trajectoire professionnelle.



Savoir gérer un conflit en tant que salarié signifie être capable d’identifier précisément les causes d'un désaccord, les tenants et aboutissants, les enjeux cachés, les gains et pertes, pour ensuite traiter le conflit et le clôturer sans violence ni soumission. C’est la capacité à dire non, à poser des limites, à questionner une décision ou un comportement, sans attendre que la situation devienne intenable. C’est une compétence de régulation, pas de domination qui demande de travailler son intelligence relationnelle et émotionnelle.


Avec les collègues, la gestion du conflit est essentielle. Les tensions horizontales sont fréquentes et rarement régulées par l’organisation. Répartition inégale du travail, attentes implicites, méthodes différentes, comportements intrusifs ou désinvoltes, non-respect des engagements. Le salarié qui sait gérer un conflit peut aborder ces sujets directement, de manière factuelle, sans dramatisation. Il évite l’accumulation des non-dits, les stratégies d’évitement et les dynamiques passives-agressives. Il protège la qualité de la collaboration et sa propre énergie mentale.


Face à la hiérarchie, la capacité à gérer un conflit devient un levier de protection. Le lien hiérarchique crée une asymétrie forte qui incite de nombreux salariés à se taire, même lorsque des décisions sont injustes, irréalistes ou délétères. Ne jamais entrer en conflit avec son manager ne relève pas de la loyauté, mais souvent de la peur. Un salarié capable de gérer un conflit peut exprimer un désaccord, refuser une surcharge, demander des clarifications ou alerter sur une dérive sans basculer dans l’insubordination. Le conflit devient alors un outil de régulation du pouvoir, pas une remise en cause de l’autorité.


Dans les relations avec les partenaires internes ou externes, savoir gérer un conflit permet d’éviter les glissements progressifs de responsabilité, les délais irréalistes, exigences floues, transferts de charge, pressions informelles sont souvent acceptés par défaut. Le salarié qui maîtrise la gestion du conflit peut recadrer une situation, clarifier les attentes et rééquilibrer la relation. Il protège son périmètre, son temps et sa responsabilité juridique ou opérationnelle.


Pour les salariés en contact avec des clients ou des usagers, la gestion du conflit est un enjeu de santé mentale. Exigences excessives, comportements agressifs, tentatives de pression font partie du quotidien dans de nombreux métiers. Savoir gérer un conflit permet de poser un cadre clair, de refuser l’inacceptable et de préserver son intégrité sans rompre la relation professionnelle. Le conflit n’est pas une rupture, mais un réajustement nécessaire.


Plus largement, savoir gérer un conflit est une compétence de survie dans un système où le salarié n’est pas protégé par défaut. Les règles sont parfois floues, les décisions opaques, la reconnaissance inégale. Le salarié qui ne sait pas gérer les conflits subit davantage, il dépend du bon vouloir des autres, des circonstances, des rapports de force implicites. Celui qui sait gérer un conflit retrouve une marge de manœuvre, il ne cherche pas à gagner, mais à se respecter.


La gestion du conflit permet aussi de préserver la dignité professionnelle. Dire non, exprimer un désaccord, poser une limite sont des actes structurants. Ils permettent au salarié de rester aligné avec ses valeurs, ses capacités réelles et ses limites. À l’inverse, l’évitement permanent du conflit conduit à l’usure, au désengagement et parfois au départ, non pas à cause du travail en lui-même, mais à cause de ce qui n’a jamais pu être dit. La sérénité professionnelle ne vient pas de l’absence de désaccords, mais de la capacité à les traverser sans se perdre ni se renier.


Même si peu d’entreprises en parlent explicitement, même si cette compétence est rarement formalisée hors du management, la capacité à gérer les conflits est l’un des fondements d’un parcours professionnel stable, sain et maîtrisé. Pour un salarié, ce n’est pas une option relationnelle, c’est une compétence essentielle.

 
 
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