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Décryptage et analyse du monde du travail

"Le psychopathe intégré" : le livre qui aide à comprendre certains comportements au travail

29 sept.
3 min de lecture

On passe une bonne partie de sa vie au travail. Ça vaut le coup de comprendre certains comportements qu'on peut y croiser, même les plus inquiétants. C'est exactement le sujet du livre : Le psychopathe intégré, du criminologue espagnol Vicente Garrido, paru en 2025 aux Editions Arpa.



De quoi parle ce livre


Le point de départ est un chiffre : environ 1% de la population se situe dans le haut du spectre de la psychopathie. Ce ne sont pas exclusivement des tueurs en série, ça peut-être des personnes séduisantes, parfois brillantes, parfaitement intégrées socialement et que l'on croise au travail, en famille, ou même dans le cercle amical.


Garrido s'appuie sur des décennies de recherche pour déconstruire les clichés du "psychopathe" de fiction, et propose un vrai portrait clinique : comment ces personnes pensent, ressentent, communiquent, et pourquoi elles échappent si souvent à la détection.



Un point essentiel avant d'aller plus loin


La psychopathie n'est pas un choix. Le psychopathe est conscient de ses actes, mais son absence d'empathie ne relève pas d'une décision : c'est la façon dont son cerveau est formaté. Ce livre ne sert donc pas à "chasser" les psychopathes autour de soi, mais à comprendre un fonctionnement précis, pour mieux s'en protéger si on y est confronté.



Pourquoi c'est utile de le lire quand on est au travail


Le livre consacre un chapitre entier à l'entreprise. Il y aborde notamment comment certains profils psychopathiques peuvent devenir des leaders charismatiques destructeurs, comment ils exploitent les organisations qui valorisent la performance à tout prix, et comment les repérer avant que les dégâts humains ne soient trop importants.


Un exemple concret cité dans le livre : Theranos. En 2003, à 19 ans, Elizabeth Holmes abandonne Stanford pour fonder cette start-up. Sa promesse : réaliser des centaines d'analyses médicales à partir de quelques gouttes de sang prélevées au bout du doigt, sans aiguille. L'idée séduit immédiatement investisseurs, médias et partenaires. En 2015, l'entreprise est valorisée 9 milliards de dollars.

Sauf que la technologie ne fonctionne pas. En interne, les ingénieurs n'arrivent jamais à la faire tourner de façon fiable. Plutôt que de l'admettre, Holmes organise le mensonge, méthodiquement :


  • Elle fait tester les échantillons par les machines de ses concurrents (notamment Siemens), en les faisant discrètement modifier pour accepter les petits volumes de sang prélevés au doigt, tout en présentant ces résultats comme ceux de sa propre technologie.

  • Elle truque les démonstrations devant les investisseurs, en simulant à l'avance des tests censés se dérouler en direct.

  • Elle appose les logos de grands groupes pharmaceutiques (Pfizer, Schering-Plough) sur des rapports internes, pour laisser croire que ces entreprises avaient validé sa technologie, alors que ce n'était pas le cas.

  • Elle prétend avoir signé un contrat avec le ministère de la Défense américain, et que ses machines sont utilisées sur le terrain par l'armée. Ces deux affirmations sont fausses.

  • Elle laisse ses laboratoires rendre de vrais résultats d'analyses à de vrais patients, alors que la fiabilité de la technologie n'est absolument pas garantie. Certains reçoivent des diagnostics erronés.


Quand des employés commencent à poser des questions, l'entreprise réagit par l'intimidation : Tyler Shultz, un jeune ingénieur qui alerte en interne, est menacé de poursuites judiciaires, tout comme le journaliste qui enquête sur l'affaire. Ce n'est qu'en 2015-2016, grâce à une série d'articles du Wall Street Journal, que le système s'effondre. Theranos est dissoute en 2018. En janvier 2022, Holmes est reconnue coupable de complot et de fraude envers ses investisseurs, condamnée à 11 ans et 3 mois de prison.


Ce que cette histoire illustre, au-delà du simple mensonge : un aplomb total face à la remise en question, une capacité à mentir de façon méthodique et prolongée sans jamais craquer, et une indifférence apparente au risque réel encouru par de vraies personnes. Exactement les mécanismes que Garrido décrit dans son chapitre sur l'entreprise.



Ce que ce livre peut vous apporter concrètement


  • Prendre du recul sur des comportements qui vous ont marqué au travail, sans se contenter d'un "il/elle est bizarre".

  • Comprendre des mécanismes de manipulation (charme, mensonge assumé, absence de remords) pour mieux les repérer.

  • Se rassurer sur sa propre perception si vous avez déjà eu l'impression, sans savoir la nommer, qu'une situation professionnelle ne "collait" pas.

  • Éviter les diagnostics à la légère sur ses collègues ou son manager : le livre insiste justement sur la rareté réelle de ces profils (1%), à l'opposé de l'usage courant et abusif du mot "psychopathe".



Pour qui c'est fait


Pas besoin d'être passionné de psychologie ou de criminologie pour le lire : le livre est écrit pour être accessible, avec des exemples concrets pour illustrer chaque notion. Si vous avez déjà eu affaire à une situation professionnelle toxique sans réussir à mettre des mots dessus, ce livre peut vous donner un vrai cadre de lecture.


« Le psychopathe intégré », Vicente Garrido, traduit de l'espagnol par Christiane Barbon, éditions Arpa, 2025.

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